ANGELICA... Ils vont recommencer !?

Temoinage du jour de l'expulsion d'Angelica et sa maman

Une journée à Zaventem pour arrêter une expulsion

Pour moi le lundi a commencé à 8h et sur mon gsm il y avait déjà deux messages. En gros des journalistes me demandent de l’info sur le transfert d’Ana et Angelica à l’aéroport, lequel s’est effectué vers 7h30.

Vers 9h30 j’envoie un message SMS à mes amis et contacts pour demander si quelqu’un sait quelque chose ou a des nouvelles sur l’expulsion, je reçois plusieurs confirmations du transfert vers l’aéroport et l’appel d’un ami qui travaille au parlement Européen.
Celui-ci me dit rapidement qu’il est à Paris en route pour Caracas mais m’explique que, lors d’un entretien téléphonique avec les proches de la première dame de l’Equateur, il a entendu que la mère et la fille ont été violentées, que des coups leur ont été portés. Il parle du sang à cause des menottes et des médicament qu’on voudrait leur faire prendre…

Ma première réaction était de prévenir les membres de mon groupe (CRER), ensuite l’avocat de la fillette et un des porte-parole de l’udep, lequel n’a pas répondu, j’ai laisse un message lui expliquant la situation et lui demandant de me rappeler ; ensuite aux parlementaires fédéraux Ecolo, CDH et PS à qui je demande de voir comment faire pour vérifier les infos.

Mon ami du P.E. m’avait conseillé d’entrer en contact avec les proches de la première dame de l’Equateur pour suivre la situation. Quelques minutes plus tard je reçois leur appel téléphonique. Ils me disent qu’ils voudraient aller à Zaventem voir Angelica et sa maman, ils pensent arriver aux alentours de 11h, je demande si on peut alerter la presse et on me répond que si ça peut aider Angelica, alors je dois le faire.

Une fois l’appel terminé j’envoie un SMS à mes contacts presse pour les informer et je continue à travailler. J’essaye de travailler mais dans mon esprit des milliers de questions commencent à surgir : pourquoi aurait-on frappé la mère et la fille ? Qui va vérifier cette information ? Anne Malerbe va arriver à Zaventem et qui va faire le relais avec les autres en cas de réaction rapide ?

Un rassemblement était prévu à l’aéroport à 16h30 et je n’avais pas l’intention de partir avant, j’ai beaucoup de travail en retard et mes clients comprennent mon engagement avec les sans papiers mais ils veulent que le travail soit fini à temps. Je n’arrive pourtant plus à me concentrer et je décide de partir vers l’aéroport de Zaventem pour voir ce que je peux faire.

Vers 11h je monte l’escalator et j’arrive au Hall de départ de l’aéroport. Juste quelques mètres plus loin je vois des membres de la famille de Angelica. Plusieurs femmes sont en pleurs, l’une d’entre elles commence à crier très fort le nom d’Angelica et demande qu’elle soit libérée. Quelques journalistes sont en train de filmer leur désespoir…

Quelques minutes plus tard Clotilde Nyssens, Anne Delvaux et une conseillère juridique arrivent dans le groupe, j’apprends que cette première délégation des parlementaires fédéraux CDH a essayé d’entrer dans la zone de transit de l’aéroport afin de voir Angelica et sa maman mais sans pouvoir passer. Sur leurs visages on peut noter la colère et l’impuissance de ne pas pouvoir utiliser leur mandat fédéral devant quelques policiers burocrates de Zaventem.
Je téléphone aux proches de la présidente Equatorienne pour demander s’ils pensent encore venir, l’heure prévue est déjà dépassée, on me dit que suite à des contacts internes ils doivent annuler pour éviter de créer un incident diplomatique. Je leur explique que la situation à l’aéroport est très difficile et qu’un coup de main serait le bienvenu ! Ils vont voir avec l’ambassadeur…
Nous restons là et des passants qui ont vécu cette situation d’expulsion ou alors qui sont au courant de l’affaire d’Angelica s’arrêtent pour consoler la famille d’Angelica ; les parlementaires fédéraux font des déclarations à la presse présente sur place et moi je reçois un appel téléphonique...

On me dit que vers 12h30 une nouvelle délégation arrivera sur place, elle sera composée de l’avocat de la famille, d’un médecin qui vient pour constater les éventuelles médications sur la mère et sa fille, d’un responsable de la LDH et une parlementaire Ecolo. On me demande d’attendre la délégation qui est en train de faire son possible pour obtenir les autorisations avec l’Office des étrangers.
Les membres de la famille d’Angelica ne sont plus avec nous, ils sont allés déposer une lettre au Roi je crois, mais la nouvelle délégation arrive, d’autres journalistes sont venus nous rejoindre. Le petit groupe du matin a grandi ; il est à présent composé d’une bonne quinzaine des personnes ! Alors tous ensemble nous nous rendons au commissariat de police de l’aéroport avec la ferme intention de voir les filles.
Au fond d’un long couloir dans des constructions provisoires il y a une porte, c’est celle de la police fédérale de l’aéroport ; on sonne. L’ouverture automatique permet à l’avocat et au médecin d’entrer, derrière eux je tiens la porte pour éviter qu’elle ne se referme et des journalistes filment la situation. Un policier nous répond qu’il est interdit de filmer et demande qu’on arrête, ensuite il nous informe qu’il est impossible de voir les filles et qu’une autorisation (dont l’obtention prend 3 à 4 jours !!!) est nécessaire, il nous demande de sortir et ferme la porte.
A cet instant commence un long combat pour convaincre l’office des étrangers et la police fédérale de nous donner la fameuse autorisation ; ce travail prendra plusieurs heures avant de permettre à l’avocate et au médecin d’entrer voir Angelica.

Pendant ce temps les minutes s’écoulent lentement, nous sommes restés à l’extérieur dans un couloir de l’aéroport, la tension permanente et le stress se relâchent un peu ; on s’assoit par terre, d’autres journalistes et des hommes politiques arrivent, certains n’ont pas mangé depuis le matin mais on n’a pas faim, on veut juste voir l’avocat et le médecin sortir pour savoir ce qu’il s’est passé et si les filles sont en bonne santé.
Vers 15h30 mon téléphone sonne, le médecin me dit qu’elle s’apprête à sortir mais que l’avocate est retenue, qu’on vienne l’attendre de l’autre côté de l’aéroport, côté débarquement.
Tout le monde se lève, Carine Russo nous rejoint avec d’autres responsables politiques de son parti, en prend un chemin différent pour aller rejoindre le médecin, on marche vite, presque au pas de course, les journalistes courent à nos côtés, l’un d’eux trébuche et manque de tomber à côté de moi… Tout le monde est inquiet et personne ne comprend pourquoi l’avocat a été retenu.

Nous arrivons enfin chez le médecin, la presse la prend d’assaut, elle déclare que par le secret médical elle ne peut dévoiler les informations, elle confie le rapport médical à la responsable de la Ligue de Droits de l’Homme présente sur place, j’attrape le médecin par le bras et l’emmène hors de portée des caméras. Son rapport est accablant, elle explique les différents coups constatés sur le corps de la mère mais aussi chez Angelica, la petite fille de 11 ans.
Un demi heure plus tard l’avocate est relâchée et son témoignage sera encore plus édifiant, car devant les caméras elle va expliquer en détail comment les agents de l’Office des étrangers ont appliqué sur la mère des techniques d’expulsion très violentes, les mêmes que celles utilisées contre Dialo Hawa et son fils, contre Amal la femme marocaine enceinte, contre la famille Tahiri toujours enfermée dans le centre de Merksplass et contre Semira Adamu, provoquant sa mort il y a quelques années. La tension est très forte.

Le rendez vous de 16h30 pour arrêter l’expulsion est arrivé, et nous devons accueillir et expliquer à tous les gens qui viendront au rassemblement ce qui est arrivé à Angelica et sa mère.

En attendant les avocats ont introduit une requête en extrême urgence pour libérer la mère et la fille, suite au constat des coups et blessures, ils venaient de prouver des traitement inhumains et dégradants, arguments plus que nécessaires pour justifier leur libération, malheureusement le temps est contre nous car dans moins de deux heures le vol doit les emmener.

Vers 17h20 le hall de l’aéroport de Zaventem est bondé, plus de 250 personnes sont arrivées au rassemblement et pendant que certains parlent avec les passagers de l’avion pour leur demander de s’opposer à l’expulsion il est décidé d’expliquer aux manifestants les détails de la journée.
Je prends la parole pour présenter la situation. Jean Marc Nollet, arrivé quelque heures avant et témoin des derniers événements, prend le crachoir et s’indigne sur les coups et blessures infligés à la petite fille et sa mère. Plusieurs personnes vont se relayer mais subitement l’avocate, très énervée s’approche pour parler, je lui tend le micro et elle nous explique qu’un juge vient d’ordonner la libération d’Angelica et sa mère mais que l’Office des étrangers profite de la situation pour emmener les filles en camionnette vers la Hollande, et les expulser à partir de ce pays. La voix de l’avocate change de ton et je vois les premières larmes couler le long de son visage, elle s’éloigne de la foule pour pleurer son indignation.

On demande à toutes les personnes présentes d’intervenir rapidement, d’utiliser tous les moyens et contacts pour empêcher que l’office n’arrive à leur faire passer la frontière. Cette fois c’est le ministère de l’intérieur qui doit respecter la loi et libérer les filles.
La foule compacte et silencieuse s’agite alors bruyamment, chacun cherchant une solution, qui téléphonant, qui proposant d’aller chercher une voiture, …

Je reçois alors un nouveau coup de fil, les proches de Anne Malherbe me demandent de confirmer la libération. Je confirme mais les informe du revirement de situation et leur demande un appui afin de stopper la camionnette.
Après environ une heure, nous sommes informés par l’avocate du retour de la camionnette vers Bruxelles.

Vers 21h la fillette et sa mère, enfin libérées, rentrent chez elles.

Comme elles, libéré et soulagé par ce dénouement positif, moi aussi je rentre chez moi…

Oscar Flores