Pourquoi n’est-ce pas le bon moment ?

Ce texte je l'ai ecrit, en particulier pour les membres et soutiens de l'Assemblée des voisins, les bureaux de l'Udep, les associations telles que le Cire, Mrax, Ldh. les avocats qui défendent les sans papiers et les partis politiques ; PS, Ecolo et CDH, juste pour vous faire partager ma vision des choses et peut-être nous retrouver ensemble dans les nouveaux combats .

Depuis que la Crer et le Cspl (Collectif des sans papiers en lutte) ont initié les actions pour ouvrir le retour de vacances et faire pression sur les partis politiques en négociation d’un nouveau gouvernement j'entend dire que ce n’est pas le bon moment !

Avec ce texte je voudrais réagir à ces reflexions et les raisons de fond qui font penser  à certaines personnes qu’il existe des moments pour lutter et des moments pour se taire.

Le premier argument est de dire que, « tant qu’il n y a pas de nouveau gouvernement ça ne sert à rien de bouger ».

Cette manière de conditionner les réactions d’un mouvement à l’agenda politique d’un gouvernement me paraît une grave erreur et ce pour plusieurs raisons.

Tout d’abord le mouvement pour la régularisation se veut autonome et indépendant, sans influence extérieure. Il s’agit d’un espace de rassemblement pour toutes les personnes et associations désireuses de se battre pour les droits des sans papiers. Dire donc qu’il faut attendre sagement que les responsables politiques trouvent des solutions aux conséquences inhumaines de leur propre politique d’immigration est une idée contradictoire et dangereuse, tant pour l’indépendance du mouvement que pour la crédibilité de son discours et la légitimité de ses actions.

La deuxième fausse idée serait de dire que s’il n y a pas de gouvernement, alors il faut attendre que les partis se mettent d’accord pour en créer un nouveau.

Cette idée découle de la première, toujours sur la base d’un lobby conditionné aux résultats des négociations entre les « responsables » politiques. Pour les personnes qui suivent les négociations, il apparaît clairement dans les notes de Yves Leterme, prochain premier ministre, qu’il n’existe pas de solution de fond pour les sans papiers vivants en Belgique, en tout cas pas une campagne de régularisation générale comme celle de 2000.

Au niveau des partis politiques qui ont gagné les élections, les positions sur l’immigration et une possible régularisation sont claires, seul le Cdh est d’accord pour trouver une solution mais ce parti se retrouve isolé, minoritaire et sans la force nécessaire pour négocier.

En ce qui concerne l’idée de dire qu’il n y a pas de gouvernement, cette idée est complètement fausse !!

Non seulement il y a un gouvernement en négociation, sur lequel on peut, encore, faire pression pour changer les décisions qui seront prises ; mais il y a aussi l’ancien gouvernement, lequel continue à travailler tant que le nouveau ne sera pas constitué. L’ancienne législation est toujours l’autorité compétente si une décision doit être prise, et dans ces décisions, le Parti Socialiste, qui sera dans l’opposition pour la prochaine législature, a toujours le pouvoir de prendre des décisions et d’influencer celles des autres ministres et du gouvernement.

En fait, il y a deux gouvernements pour le prix d’un (vote) !!

Le PS est d’accord pour une régularisation des sans papiers. Il a signé le moratoire que la Crer lui avait proposé pour arrêter les expulsions. L’un de ses membres les plus actifs, Jean Demannez (bourgmestre de St. Josse), n’a pas seulement accordé un espace pour que les sans papiers du Cspl puissent s’exprimer, mais il a, également, déclaré que la commune de St. Josse à Bruxelles se mette en « désobéissance civile » en ce qui concerne les familles sans papiers de sa commune. En d’autres mots les autorités communales de St. Josse ne vont plus collaborer avec l’Office des Etrangers dans l’expulsion de ces familles sans papiers.

Ceci, et d’autres avancées ont été obtenus par notre mobilisation, résultats d’une réflexion sur la simple nécessité de réagir aujourd’hui, quand les choses se passent et pas demain, quand il est trop tard.

Se laisser influencer par l’idée qu’il n y a pas de gouvernement et qu’il faut attendre est complètement faux. Cet argument ne fait qu’immobiliser les militants et calmer la réaction sociale. Les preuves les plus convaincantes pour dire que rien n’a changé en politique d’immigration depuis le 10 juin sont les rafles, les expulsions, les violences lors des expulsions, les enfants dans les centres fermés et même la régularisation de certains dossiers sont toujours en fonction et plus efficaces que jamais.

Le directeur de l’Office des étrangers est toujours Freddy Rossemont, il n’est plus en vacances et est dans une forme olympique ; son chef, le ministre de l’intérieur, est toujours Patrick Dewael du Vld, parti qui n’a pas remporté une place confortable dans les dernières élections ; et la machine à créer des sans papiers, « l’Office des étrangers », est toujours opérationnelle et avec son effectif au complet !!

Ces gens sont chaque jour à l’heure au boulot, par contre dans le mouvement pour la régularisation des sans papiers il existe une tendance avec des gens qui croient que les choses ont changé et qui pensent qu’il existe un moment pour lutter et un autre pour attendre.

Mais attendre quoi ??

Quand nous avons occupé l’église St. Boniface, ce n’était soi-disant pas non plus le bon moment ; qu’il fallait attendre les élections de 2007, parce que dans l’agenda d’alors il n y avait pas la régularisation des sans papiers. Aujourd’hui, après les élections et sachant qu’il n’ y aura pas de régularisation on continue cependant à nous dire que ce n’est pas le bon moment ??

Des associations ont dit aux sans papiers qu’il ne fallait pas manifester avant les élections du 10 juin pour ne pas fournir d’arguments à l’extrême droite flamande, et qu’après il fallait mettre le paquet. Mais à part une manifestation organisée le 17 juin à Bruxelles rien d’autre n’a été organisé et les partis extrémistes et nationalistes flamands ne se sont jamais aussi bien portés, ils ont même gagné les élections !!

Cet été, après l’affaire de la petite Angelica et sa maman les sans papiers Equatoriens ont été priés de ne pas faire de bruit car l’Office des étrangers était fâché sur eux et qu’ils allaient tous être expulsés s’ils continuaient à manifester. Les sans papiers équatoriens, de peur, se sont cachés à nouveau et l’Office des étrangers les expulse quand même !!! sans aucun problème.

Aujourd’hui, poussés par le désespoir et l’angoisse de l’augmentation des politiques répressives à leur sujet, des sans papiers ont déclenché une action de grève de la faim a la rue George de Lombaerde 55 Evere. Ceci pour continuer à se battre, faire pression sur le gouvernement et demander leur régularisation.

Soyons unis avec les sans papiers, parce que aujourd hui, plus que jamais, c'est le bon moment !!!

Oscar Flores

Septembre 2007