Un délit de « sale gueule » Dénonciation fallacieuse et xénophobe pour Angelica et sa maman

Angelica dénoncée par un raciste

Une dénonciation raciste est à l'origine de l'incarcération de la petite Équatorienne au centre fermé 127 bis. Son expulsion ainsi que celle de sa maman sont prévues lundi soir. Deux rapports psychologiques font état de l'extrême détresse d'Angelica.
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l'édito de Marc Metdepenningen, le portfolio.

L'incarcération au centre pour illégaux 127 bis de la fillette équatorienne de 11 ans, Angelica Cajamarca, et de sa maman ne résulte ni d'une « rafle » commanditée par l'Office des étrangers ni d'une action proactive de la police de Dilbeek qui les a arrêtées le 30 juin dernier à un arrêt de bus. Elle est la conséquence d'une dénonciation raciste opérée auprès de sa police locale par un habitant de Dilbeek, qui a cru utile de dénoncer auprès des forces de l'ordre la présence dans sa rue de « deux Gitanes », soupçonnées, du fait de la couleur de leur peau, d'être des « voleuses » ! Un délit de « sale gueule » Sans cette dénonciation fallacieuse et xénophobe, Angelica et sa maman seraient toujours dans leur appartement de Saint-Josse, coulant des jours paisibles dans l'attente d'une rentrée scolaire que la fillette (Le Soir d'hier) attendait avec impatience.

Vendredi, le délégué général aux droits de l'enfant, Claude Lelièvre, accompagné d'une juriste et d'une infirmière, se sont présentés aux portes du centre 127 bis. En compagnie de parlementaires (les CDH Benoît Dreze et Anne Delvaux, l'Écolo Carine Russo et la socialiste Julie Fiszman), il a pu découvrir des locaux délabrés, remplis de graffitis, « sentant l'urine ».

Incompatibles avec l'hébergement de mineurs, 13 actuellement enfermés à Steenokkerzeel. Ana et Angelica, nous ont-ils tous confirmé, n'ont pas arrêté de pleurer. La fillette est dans un état de délabrement psychique tel qu'elle en ressent des atteintes physiques : cauchemars, constipation, spasmes. Cet état est confirmé par deux rapports psychologiques que nous avons pu nous procurer. Le premier, dressé par le psychologue Arranz conclut ainsi : « J'ai constaté qu'Angelica souffre d'un grand malaise. Elle ne veut pas quitter la Belgique, ni abandonner son entourage parce que c'est la vie qu'elle connaît. Elle montre des symptômes de dépression, de grande tristesse, d'anxiété. Elle pleure et fait des cauchemars lorsqu'on évoque son retour.

Dans la mesure du possible, je conseille qu'Angelica retourne à la situation antérieure à son arrestation, qu'elle puisse évoluer d'une manière stable et heureuse pour lui éviter une grande souffrance. Je recommande aussi un traitement psychologique pour surmonter le stress que cette situation a provoqué ».

Le deuxième rapport, établi par la psychologue Dominique Wathelet de l'Equipe locale d'interventions psychologiques et sociales est tout aussi alarmant : « Angelica pleure durant l'entretien. Elle évoque des difficultés à respirer produites par l'anxiété importante de la situation vécue depuis le 30 juin 2007. Elle a peur, ne souhaite pas retourner dans son pays, l'Équateur, car cela l'éloignerait de son père qui habite en Belgique. Elle présente une constipation réactionnelle, des perturbations du sommeil avec des cauchemars dont la thématique touche au souvenir de l'arrestation et à l'anticipation très négative du retour au pays. Elle se plaint de maux de tête, de vertiges, de sensations d'étouffement. Angelica vit sa situation de manière dégradante, injuste voire à certains moments révoltante. Elle exprime qu'elle reste fréquemment dans la chambre qu'elle occupe en compagnie de sa mère et d'une autre femme ».

Conclusion du rapport : « Angelica présente un état de stress aigu réactionnel à son arrestation, sa garde à vue et sa détention en centre fermé. Le risque d'une évolution vers un état de stress post-traumatique n'est pas à exclure du fait de la présence de facteurs péjoratifs, à savoir l'intentionnalité humaine dans l'évènement, l'âge d'Angelica, la durée prolongée de l'évènement stressant. Nous pensons que la réduction de la période de détention ou la sortie du centre fermé est de nature à réduire l'impact traumatique de la situation. »

Vers 17 heures, Angelica est apparue derrière l'un des murs d'enceinte du centre 127 bis. On l'a vu sourire, comme n'importe quelle petite fille. À l'extérieur, les parlementaires, comme les journalistes, n'avaient pas envie de sourire en la voyant regagner les murs de la prison où l'a conduite un délateur de Dilbeek.